Gibier ou non-gibier
Gibier ou non-gibier
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Chaque année en France, des centaines de facteurs sont victimes d'agressions canines.
Souvent, à la plus grande surprise des propriétaires de chiens qui n'en comprennent pas les causes et qui affirment que leur chien n'est pas méchant... Mais que peut-il donc se passer dans la tête de nos amis les chiens lors du passage du facteur ? Qu'est-ce qui explique cette agressivité particulière ?

Imaginez-vous, attendant quelqu'un tous les soirs au même endroit, à la même heure dans votre voiture. Un soir, un individu s'approche doucement, met une grande claque sur le capot de la voiture, et s'en va. Et tous les soirs, le même scénario se reproduit... Avant quinze jours, le plus patient ou le plus pacifique d'entre nous va -au moins- tenter d'obtenir une explication ! Quant au plus agressif, il attendrait probablement l'individu à l'extérieur de sa voiture, prêt à lui faire la course pour lui donner une bonne correction !

C'est à peu près ce qui se passe dans la tête du chien lors du passage quotidien du facteur. Le chien est un animal guidé par ses instincts et , tous les jours, le facteur va réveiller chez lui deux instincts fondamentaux, l'instinct de défense de son territoire et... l'instinct de prédation ou instinct de chasse.

Le scénario est classique :
Première phase : Le facteur va tous les jours "frler" la propriété, déclenchant ainsi l'instinct de garde. J'ai vu des chiens qui "habitaient" en immeuble et n'avaient jamais vu le facteur, arriver en pavillon. Après une phase de quelques jours sans réaction particulière, ces chiens venaient aboyer de manière agressive à la clture, essayant de faire fuir le facteur.

Deuxième phase : Les chiens prennent conscience qu'ils font fuir le facteur, puisqu'il repart à chaque fois. Ceci va avoir deux effets : d'abord, ils sont persuadés de lui faire peur et sont donc beaucoup plus courageux face à lui, ensuite, cette attitude de "fuite" va lever l'inhibition (interdiction morale) à attaquer l'être humain.

Ceci est très important à comprendre. Tout petit, le chiot apprend, d'abord par sa mère et ensuite par l'humain, à doser la force de sa mâchoire pour ne pas faire mal. Un chiot normalement éduqué a donc parfaitement intégré qu'il n'a pas le droit de serrer la mâchoire sur un être humain.

Mais il existe plusieurs "dérogations" à cette règle.
Quand il défend une proie (un os, par exemple), ses petits, les enfants du foyer qu'il considère aussi comme ses petits, quand il a peur et se sent acculé ou quand il croit être en présence de GIBIER.
En effet, l'inhibition de la morsure n'existe plus quand l'être humain perd son statut d'être humain pour acquérir celui de gibier. Mais comment est-ce possible ?

Ce sont ses expériences de chiot qui vont faire que le chien va classer les différentes variétés animales qu'il va rencontrer en catégories GIBIER/NON GIBIER. Et ces catégories ne vont pas être les mêmes pour tous les chiens. Et dans la même variété animale, des individus vont avoir un statut différent.

Exemple : Le chat. Gibier ou non gibier ? Les deux ! De nombreux propriétaires de chiens affirment que la cohabitation est très bonne avec le chat de la maison, mais que le même chien chasse (et parfois tue) les chats des voisins. Les propriétaires me disent souvent que c'est d au fait que le chien sait que c'est le chat de la maison...

En fait, cela est d au fait que ce chat-là ne fuit pas devant ce chien-là, contrairement à ceux des voisins.Il n'est donc pas considéré comme gibier.

Fort de ce constat, j'ai fait une expérience, il y a quelques années. J'ai voulu faire vivre ensemble un berger allemand tueur de moutons... et des moutons. La première expérience a été désastreuse parce que je pensais que ma seule autorité allait suffire à éviter l'attaque. C'était vrai, mais uniquement quand j'étais présent. J'observais quand même que le berger allemand ne cessait de tourner autour de l'agneau, ce qui aurait d m'alerter.
J'ai tout de même renouvelé l'expérience. Après avoir constaté que je ne pourrais aller à l'encontre de l'instinct de prédateur du chien, je me suis intéressé au comportement de l'agneau. Il fallait que je parvienne à éviter chez lui la peur du chien. J'ai donc nourri l'agneau au biberon avec un contact systématique avec le berger allemand pendant les biberons de manière à associer le plaisir de la nourriture à l'odeur du chien. L'agneau n'a jamais eu peur du chien et a vécu pendant des années en complète liberté avec lui. Il n'était plus dans la catégorie GIBIER.
J'ai reproduit l'expérience dans les mêmes conditions à plusieurs reprises et avec le même succès.

Ceci pour montrer que les catégories GIBIER/NON GIBIER ne sont pas figées chez le chien et qu'un facteur, pourtant dans la catégorie NON GIBIER de par son statut d'humain, peut basculer dans la catégorie GIBIER quand il en a le comportement de fuite, comportement qu'il est obligé d'adopter de par son travail.

Alors, heureux propriétaires de chiens, même si votre chien est très sociable, qu'il laisse entrer tout le monde à la maison, méfiez-vous de ses réactions envers votre facteur. Bien sr, s'il lui fait la fête à la barrière, pas de souci. Mais s'il l'attend impatiemment et qu'il aboie furieusement à son passage, prenez les précautions nécessaires pour éviter l'accident !

Et pour faire taire quelques légendes qui ont la peau dre, ce n'est ni l'uniforme du facteur, ni son vélo, sa mobylette ou sa voiture qui excitent les chiens. Juste son comportement...

Dominique CHORIN, concepteur et animateur de la formation "Prévention des morsures de chiens" à la POSTE (Seine-Maritime, Eure)

Dominique CHORIN
Janvier 2006